C'est terrible, ce silence. J'ai seulement droit, en fond sonore, à leurs disputes dérisoires, leurs échanges pleins de mépris, leur guerre froide. Le spectacle de leur lente et progressive destruction pour remplacer le bruit rassurant de sa respiration endormie. La perspective d'être encore demain à la fois le témoin, le juge et l'avocat de la femme qui m'a mise au monde et de l'homme qu'elle n'aurait jamais dû épouser, plutôt que celle de me réveiller à côté d'elle. Je m'enfonce dans le niais.
Je déteste les raisonnements de mon beau père. Sa façon désespérément apocalyptique de nous faire part de son analyse des informations qu'on regarde à la télévision m'insupporte. Ses questions pseudo philosophiques entre le fromage et le dessert, agrémentées de conclusions tournant autour de sa propre supériorité intellectuelle, me donnent la gerbe. Les réactions excessivement agressives de ma mère me donnent envie de me pendre. Sa façon injustifiée de se mettre à hurler qu'il n'est qu'un salaud menteur infidèle obèse et profondément con outrepasse les limites de la capacité qu'ont les hommes de raisonner un minimum pour ne pas sombrer dans le ridicule. J'ai fini par maîtriser l'art de me taire en regardant le sol, ou de feindre de m'intéresser à ce qui passe à la télé, pour faire semblant de ne pas voir l'air de martyr que prend son mari pour encaisser les reproches de ma génitrice, ou d'entendre ses "ta gueule connasse" quand il ne tient plus.
Je crois que j'avais besoin de parler. Pas de ça, mais de parler quand même. J'ai été aidée par quelques sms de Pauline, alors que je pensais que tout le monde dormait. Pas pour me parler de moi, ce qui aurait eu pour effet de bloquer toute ma capacité de conversation. Pas pour se plaindre de problèmes similaires aux miens, ce qui m'aurait profondément frustrée puisque j'ai du mal à concevoir qu'on puisse vouloir réclamer du réconfort auprès de quelqu'un qui n'arrive lui-même pas à s'en sortir. Juste pour parler d'un truc qui l'emmerdait. Un peu de communication. Un peu d'échange. Pas des mots avortés sur un blog, pour je ne sais quel lecteur qui se hasarderait dans le coin. Pas un étalage pathétique de mes pensées minables sur un pauvre blog.
Demain j'aurai les réflexions du connard qui aura vu ma lumière allumée et trouvera que je me couche trop tard, beaucoup trop tard, et que c'est vraiment n'importe quoi, et que je fais vraiment n'importe quoi. Je mettrai mal la table, je n'aiderai pas assez ma mère, j'aurai besoin qu'il me jette le torchon à la gueule dès que je me lève de table pour penser à aller essuyer la vaisselle. En attendant, je lâche mon clavier pour retourner au silence. Et au vide. Et au froid.
Mouarf
Un macaroni a chié sur Clint Eastwood.
Lundi 10 mai 2010 à 0:07
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