D'abord les images et les odeurs. Paris Orly, 18h. Les familles de touristes assis, parents cherchant comment prévoir encore un peu plus leurs vacances, enfants observant les gens qui passent. Pas de départ à cette heure ci, personne pour courir vers les différents terminaux. Pas grand monde dans les boutiques. Personne aux bornes en train d'acheter un ticket pour l'Orlyval. 7,90€ le ticket pour Antony. Sur le quai, juste une femme avec des tocs étranges, dont chaque geste soudain et inconscient m'intrigue un peu plus. Le soleil me réjouit. Le train arrive à quai, les portes s'ouvrent, on se jette dedans au cas où il ne nous attendrait finalement pas. La chaleur, l'odeur de sueur. Évidemment ; c'est la faute du soleil. Les gens qui se regardent avec une curiosité mal placée, chacun ayant l'air de se demander pourquoi tous ces gens sont montés dans ce train censé être le sien. Sortie de l'Orlyval dans la station RER d'Antony. Une femme glisse et tombe, on la regarde, elle rit, on ne l'aide pas. Je connais le trajet par coeur. J'arrive sur le quai rempli de monde, je valide mon pass Navigo qui fonctionne manifestement toujours, observe la machine à boissons, et le RER arrive. La foule s'y jette, je finis par entrer et un homme m'observe en souriant. Il y a de la place pour s'assoir mais tout le monde est debout, je m'assois pour lui tourner le dos. Tous ces gens encore, qui se regardent sans vraiment se regarder, qui regardent avec mépris tous ces inconnus dont les mondes n'ont pas à entrer dans le leur. J'ai peur du RER parce que je ne sais jamais s'il s'arrête à mon arrêt, alors je passe mon trajet à lire 3 pages de mon livre, regarder le nom des stations, lire à nouveau, regarder. Châtelet. Je sors et me voilà à Paris, comme il y a 3 mois. L'odeur de sous-sol. Les gens partout, dans tous les sens, qui n'ont même pas besoin de regarder où il vont, et ne le font pas. Moi j'ai oublié, j'ai jamais vraiment su, je cherche où aller, j'hésite, on me fonce dessus, on n'a pas le temps de m'éviter, on n'a pas envie d'éviter les autres, on a un itinéraire et on s'y tient. Pourquoi changer, quelle révolution ? Barrières. Ligne 1. L'odeur étrange du métro, le sale, la sueur, le renfermé, le métal chaud. Les gens qui s'observent en s'évitant. La fatigue, cette fatigue de Paris. Nation. Les marches de Nation, toutes trempées par la pluie, Paris qui ne sent jamais la terre mouillée après l'orage.
Place aux bruits, le lendemain. Réveillée par de quelconques travaux quelque part dans le quartier. Un marteau piqueur qui passe une heure à essayer de trouer je ne sais quoi. Je pars prendre ma douche et j'entends par la fenêtre deux types qui discutent, des ouvriers probablement. Je sors de chez mon père et j'entends la vie de je ne sais qui dans je ne sais quel appartement, un gamin qui s'entraine au saxophone, une femme qui rit, une autre qui râle. L'ascenseur, les portes, la rue. Les voitures, les klaxons, je me demande pourquoi à Paris les voitures semblent passer leur temps à klaxonner. Les gens traversent sans regarder, je m'étonne de cette habitude parisienne, les conducteurs qui conduisent sans regarder et les passants qui passent sans regarder non plus, tout ça sur les mêmes routes, sans jamais se rentrer dedans. Les SDF tournent autour des entrées de la station Nation, des filles racontent leurs exploits comme toutes les filles quelconques racontent leurs exploits, il m'a dit ça alors j'l'ai regardé comme ça là, comme ça, et j'lui ai dit..., une mère et sa fille observent un plan du métro, je passe les barrières et prend la ligne 1 en croyant prendre la 9, encore un type qui m'observe comme si je n'avais rien à faire là et cette fois il a raison. Je finis par récupérer la 9 pour aller chez Charlotte. J'arrive avant qu'elle s'y attende, m'achète un magazine et attend assise sur un banc. Les voitures, les klaxons. Je suis déjà venue ici, bourrée, à 3h du matin ; mais pour l'instant je me contente de me demander pourquoi cet endroit me dit quelque chose, et j'écoute, j'écoute sobre ces bruits de Paris à 13h qui n'ont rien à voir avec les bruits de Paris à 3h quand on est bourré, et je ne comprends pas. Charlotte arrive, on va à la Poste et je me rappelle avoir une nuit déposé un plot en plein milieu de cette route. Les voitures, les klaxons, le silence de la poste. On sonne en sortant, tout le monde s'en fout. On va manger des sushis, on va voir l'exposition sur Willy Ronis, une femme rit seule devant certaines photos, d'autres chuchotent, le silence me fatigue. On sort prendre un café à 2,70€ et un chocolat à plus de 4€. On passe le temps. On passe par St Lazare, et je déteste toujours St Lazare. Je dépense mon argent. On part à Montparnasse chercher Aurélie, je les abandonne pour prendre la ligne 6, j'arrive sur un quai rempli de monde, un métro arrive et ils s'entassent dedans, moi j'attends le suivant. Je monte dans un métro plein de roumains, ou italiens, ou slovaques, enfin de gamins qui parlent fort une langue que je ne connais pas. L'un d'eux s'empresse de se lever et me tapotte le bras en me montrant sa place, je refuse avec un sourire et il se rassoit aussi vite qu'il s'est mis debout, sans dire un mot. Ses potes hurlent pour se parler. L'un d'eux semble être le rigolo du groupe, il crie, chante, a des pulsions bizarres, et les autres rigolent, ou le regardent avec un profond désintérêt. Quelques stations plus tard ils s'en vont, et je prends la place que m'avait proposé le gamin. Il y a 6 personnes dans mon wagon. J'entreprends la lecture d'un nouveau chapitre de Lolita. Quelqu'un se met à chanter. Une femme noire avec des cheveux violets. Je reconnais les paroles mais n'arrive pas à identifier la chanson. J'essaye de continuer à lire mais sa voix est trop remarquable, j'ai envie de l'écouter, de ne rien écouter d'autre, je pourrais l'écouter pendant des heures, c'est tellement beau que ça me rend triste, parce que la chanson est triste, parce que sa voix est triste, parce que c'est triste qu'un femme comme ça ait besoin de chanter dans le métro parisien à 22h30. Je remarque qu'une femme en face de moi a retiré son casque pour pouvoir l'écouter. Sa voix se casse sur la fin d'un couplet, et c'est tellement beau, je range mon livre et m'apprête à lui donner tout ce qui me reste de monnaie, en me disant qu'elle mérite largement mieux que ça. Elle entame No Woman No Cry et j'ai envie qu'elle reste dans mon wagon jusqu'au bout de la ligne. La chanson se termine, elle vient avec un grand sourire récolter son dû, et tout le monde lui donne quelque chose. Elle nous remercie juste avant que retentisse la sonnerie de fermeture des portes, et court dans le wagon suivant. Je reprends Lolita, tout en arrêtant à chaque station ma lecture pour essayer de percevoir sa voix, ses chansons, entre chaque bruit d'ouverture de porte. Nation. Terminus, le chauffeur nous invite à descendre. La Femme Noire aux Cheveux Violets n'est pas là. Je me perds, me traîne jusqu'à la sortie, croise une famille de touristes. Des gens du nord, à en juger par leur horrible accent. "R'garde, la sortie c'est lo ! Hé, c'est lo qu'on a mangé t't'à'l'heure ?". Les voitures. Pas de klaxons. Les discussions des derniers clients dans les restaurants. Encore une occasion de parler de boulot.
Mouarf
Un macaroni a chié sur Clint Eastwood.
Jeudi 5 août 2010 à 13:02
Jeudi 22 juillet 2010 à 14:48
Je me mets carrément à rêver de la crainte que m'inspire le Transilien. Coincée à Bois-Colombes, incapable de me résoudre à monter dans ce putain de train, paniquée à l'idée de devoir en plus prendre le métro juste après. Rêve à classer aux côtés de celui pendant lequel je passais et ratais mon bac, 1 an après l'avoir eu avec mention. Curieuses choses.
Parfois je me sens un peu comme Freddie Drummond dans la nouvelle de Jack London. En différent. Mais entre deux. D'un côté toute ma vie, de l'autre l'alcool. D'un côté les devoirs, les souvenirs, le devoir de se souvenir, hier et demain, de l'autre la fête, l'oubli, ni matin ni soir, juste le moment présent. Parfois je regrette ces moments où je me fous de tout, où rien ne m'atteint plus de deux minutes, où tout est musique, tout est fête, et tout peut recommencer dès le premier café de la journée. J'ai pourtant honte actuellement de dire ça. De me dire ça. De me dire qu'après le premier verre, je m'en autorise un deuxième, puis un troisième en me convainquant que c'est le dernier, mais le quatrième arrive toujours.
Et puis dans ses bras, l'alcool je n'en veux plus. Dans ses bras à elle, je n'en veux pas.
Niaise, probablement, mais c'est actuellement loin d'être la pire chose qui puisse m'arriver. D'ailleurs je vais continuer à m'enfoncer. Parce que j'ai envie de le dire quand même, après tout ça, que je ferais tout pour la voir sourire.
Que je ferais n'importe quoi pour l'entendre rire.
Que je me fous du monde quand ses yeux sont posés sur moi.
Qu'à chaque fois qu'elle me dit qu'elle m'aime, je suis aussi heureuse que la première fois.
Qu'avec sa main dans la mienne, j'irais n'importe où.
Parfois je me sens un peu comme Freddie Drummond dans la nouvelle de Jack London. En différent. Mais entre deux. D'un côté toute ma vie, de l'autre l'alcool. D'un côté les devoirs, les souvenirs, le devoir de se souvenir, hier et demain, de l'autre la fête, l'oubli, ni matin ni soir, juste le moment présent. Parfois je regrette ces moments où je me fous de tout, où rien ne m'atteint plus de deux minutes, où tout est musique, tout est fête, et tout peut recommencer dès le premier café de la journée. J'ai pourtant honte actuellement de dire ça. De me dire ça. De me dire qu'après le premier verre, je m'en autorise un deuxième, puis un troisième en me convainquant que c'est le dernier, mais le quatrième arrive toujours.
Et puis dans ses bras, l'alcool je n'en veux plus. Dans ses bras à elle, je n'en veux pas.
Niaise, probablement, mais c'est actuellement loin d'être la pire chose qui puisse m'arriver. D'ailleurs je vais continuer à m'enfoncer. Parce que j'ai envie de le dire quand même, après tout ça, que je ferais tout pour la voir sourire.
Que je ferais n'importe quoi pour l'entendre rire.
Que je me fous du monde quand ses yeux sont posés sur moi.
Qu'à chaque fois qu'elle me dit qu'elle m'aime, je suis aussi heureuse que la première fois.
Qu'avec sa main dans la mienne, j'irais n'importe où.
Samedi 10 juillet 2010 à 4:00
Aujourd'hui j'ai réalisé que je n'aimais pas le lobby, au macdo. J'aime bien faire des hamburgers dans un rush, j'aime bien être la seule en cuisine l'après midi, j'aime bien blanchir les grills, j'aime bien faire la propreté, mais le lobby, ça ne passe pas. J'ai donc lobbyé (oui, j'ai décidé que c'était un verbe) 2h avant qu'on m'envoie à la replonge, et enfin au bout de 2h de plus j'ai pu blanchir un grill, faire des hamburgers, emmener des trucs dans les frigos et partir trouver Amélie et Vincent qui a faim devant le macdo, traverser un ruisseau en marchant sur des caddies, retrouver Axel et Maël, passer le temps, se séparer juste quand mon portable n'avait plus de batterie. J'envisage de retraverser le champ pour regagner la piste cyclable quand un crapaud bondit devant moi, je le dépasse mais je l'entends au loin me crier que tous ses potes vont m'attendre si j'ose continuer dans cette direction. Je fais donc demi tour, prends un chemin sombre que j'éclaire en essayant de convaincre mon portable qu'il peut toujours réagir un peu, me méfie de chaque tache, chaque caillou ou chaque trou que je croise, et enfin j'arrive sur la piste cyclable. Je présume qu'il est environ un peu plus de 1h40, et que je peux avoir le bus qui est, si je me souviens bien, à 1h50 environ. Je réalise quelques minutes plus tard que, non, en fait, je me souviens mal. J'allume mon ipod dont la lumière a viré au rouge pour me supplier de le recharger, je rallume le reste de joint qu'on m'a laissé pour me donner du courage et marcher plus vite (mais si, mais si), et je marche. Bob Dylan, Yardbirds, puis mon ipod essaye de m'amener Vous avez l'heure et autre She's lost control, je riposte en zappant jusqu'à Shaka Ponk, et il enchaine avec Dire Straits ; je me demande s'il analyse le style de musique que je ne zappe pas pour pouvoir savoir quelles chansons me faire écouter, et puis il me lance Space Oddity, alors je me dis que non. Je passe devant le distributeur de Coca Cherry, et je décide de ne pas m'arrêter afin de ne pas risquer de perdre un peu de temps d'écoute de mon ipod qui se décharge. Je me dis qu'on a oublié de retimer les croques avant de les ranger au frigo. Que 1h51, ce n'est pas l'heure où le bus passe devant Leclerc, mais l'heure à laquelle il arrive à la gare routière, derrière chez moi. Que j'ai envie de pisser. Que j'avais moins peur des crapauds, à une époque. Que cette scène, même si on n'a pas vu le film (ne pas regarder si on n'a pas vu Dancer in the Dark), est terrible. America Sacco & Vanzetti must not die. Mon ipod me lache, j'enlève mes écouteurs de mes oreilles, me fais la réflexion que le bruit était semblable à celui d'un bouchon en liège qu'on retire d'une bouteille d'alcool, et me demande si le bruit est le même avec un bouchon en plastique et une bouteille d'eau. Je réalise que je commence à avoir réellement mal aux pieds. Penser à autre chose me paraît une bonne idée. Ce que je me ferai à manger demain. J'ai faim. Je décide de me réveiller à 11h33. Je prends mon portable pour régler le réveil, me souviens qu'il n'a plus de batterie, me demande pourquoi il n'y a plus de musique ; déprime passagère. Je décide de chanter Indochine dans ma tête. Je gesticule pour faire les instruments. Une voiture arrive, j'arrête mon concert muet. Je me dis qu'à un moment dans la soirée, j'ai choisi de me priver du choix futur de ce que je ferai endurer à mes pieds. Le choix de ne pas faire de choix, comme diraient les petits esprits qui veulent emmerder Sartre. Me dis aussi que dans le raisonnement de Sartre, choisir de s'imposer quelque chose est une liberté. Qu'à présent je suis à 6 minutes de chez moi et que même si j'ai tellement mal aux pieds que je pense ne plus pouvoir marcher, le fait est que j'y suis obligée, puisque je n'ai aucune autre alternative, et que cette obligation relève elle même de la liberté que j'ai prise de ne pas prudemment partir prendre le bus avant 1h. Et que je n'ai absolument aucune raison de penser à des trucs aussi inutiles dans les rues de Saint Médard en Jalles à une heure pareille, et que de toute façon je ne sais pas quelle heure il est. J'atteins ma maison et repense à la réaction de la voisine quand elle a vu Amélie poser un panneau devant sa voiture. Je rentre et me demande quelle logique a poussé mon beau père et mon frère à ne pas fermer la porte à clé de façon à ce que je puisse rentrer, alors que toutes les fenêtres sont ouvertes. J'envisage mon frigo en pensant y voir soudainement apparaître des Babybels. Des fruits. Une carotte. Je ne trouve que des Oreo. Je monte les escaliers en imaginant un probable duel sanglant avec une quelconque araignée qui se serait introduite dans mon domicile, duel qui n'arrivera pas, ni avec une araignée, ni avec aucun insecte. Je m'affale sur mon lit et décide d'écrire avec plein de longues phrases ce que j'aurais pu me contenter de dire en 11 mots :
Aujourd'hui, j'ai travaillé, loosé et je suis rentrée chez moi.
Aujourd'hui, j'ai travaillé, loosé et je suis rentrée chez moi.
Lundi 10 mai 2010 à 0:07
C'est terrible, ce silence. J'ai seulement droit, en fond sonore, à leurs disputes dérisoires, leurs échanges pleins de mépris, leur guerre froide. Le spectacle de leur lente et progressive destruction pour remplacer le bruit rassurant de sa respiration endormie. La perspective d'être encore demain à la fois le témoin, le juge et l'avocat de la femme qui m'a mise au monde et de l'homme qu'elle n'aurait jamais dû épouser, plutôt que celle de me réveiller à côté d'elle. Je m'enfonce dans le niais.
Je déteste les raisonnements de mon beau père. Sa façon désespérément apocalyptique de nous faire part de son analyse des informations qu'on regarde à la télévision m'insupporte. Ses questions pseudo philosophiques entre le fromage et le dessert, agrémentées de conclusions tournant autour de sa propre supériorité intellectuelle, me donnent la gerbe. Les réactions excessivement agressives de ma mère me donnent envie de me pendre. Sa façon injustifiée de se mettre à hurler qu'il n'est qu'un salaud menteur infidèle obèse et profondément con outrepasse les limites de la capacité qu'ont les hommes de raisonner un minimum pour ne pas sombrer dans le ridicule. J'ai fini par maîtriser l'art de me taire en regardant le sol, ou de feindre de m'intéresser à ce qui passe à la télé, pour faire semblant de ne pas voir l'air de martyr que prend son mari pour encaisser les reproches de ma génitrice, ou d'entendre ses "ta gueule connasse" quand il ne tient plus.
Je crois que j'avais besoin de parler. Pas de ça, mais de parler quand même. J'ai été aidée par quelques sms de Pauline, alors que je pensais que tout le monde dormait. Pas pour me parler de moi, ce qui aurait eu pour effet de bloquer toute ma capacité de conversation. Pas pour se plaindre de problèmes similaires aux miens, ce qui m'aurait profondément frustrée puisque j'ai du mal à concevoir qu'on puisse vouloir réclamer du réconfort auprès de quelqu'un qui n'arrive lui-même pas à s'en sortir. Juste pour parler d'un truc qui l'emmerdait. Un peu de communication. Un peu d'échange. Pas des mots avortés sur un blog, pour je ne sais quel lecteur qui se hasarderait dans le coin. Pas un étalage pathétique de mes pensées minables sur un pauvre blog.
Demain j'aurai les réflexions du connard qui aura vu ma lumière allumée et trouvera que je me couche trop tard, beaucoup trop tard, et que c'est vraiment n'importe quoi, et que je fais vraiment n'importe quoi. Je mettrai mal la table, je n'aiderai pas assez ma mère, j'aurai besoin qu'il me jette le torchon à la gueule dès que je me lève de table pour penser à aller essuyer la vaisselle. En attendant, je lâche mon clavier pour retourner au silence. Et au vide. Et au froid.
Je déteste les raisonnements de mon beau père. Sa façon désespérément apocalyptique de nous faire part de son analyse des informations qu'on regarde à la télévision m'insupporte. Ses questions pseudo philosophiques entre le fromage et le dessert, agrémentées de conclusions tournant autour de sa propre supériorité intellectuelle, me donnent la gerbe. Les réactions excessivement agressives de ma mère me donnent envie de me pendre. Sa façon injustifiée de se mettre à hurler qu'il n'est qu'un salaud menteur infidèle obèse et profondément con outrepasse les limites de la capacité qu'ont les hommes de raisonner un minimum pour ne pas sombrer dans le ridicule. J'ai fini par maîtriser l'art de me taire en regardant le sol, ou de feindre de m'intéresser à ce qui passe à la télé, pour faire semblant de ne pas voir l'air de martyr que prend son mari pour encaisser les reproches de ma génitrice, ou d'entendre ses "ta gueule connasse" quand il ne tient plus.
Je crois que j'avais besoin de parler. Pas de ça, mais de parler quand même. J'ai été aidée par quelques sms de Pauline, alors que je pensais que tout le monde dormait. Pas pour me parler de moi, ce qui aurait eu pour effet de bloquer toute ma capacité de conversation. Pas pour se plaindre de problèmes similaires aux miens, ce qui m'aurait profondément frustrée puisque j'ai du mal à concevoir qu'on puisse vouloir réclamer du réconfort auprès de quelqu'un qui n'arrive lui-même pas à s'en sortir. Juste pour parler d'un truc qui l'emmerdait. Un peu de communication. Un peu d'échange. Pas des mots avortés sur un blog, pour je ne sais quel lecteur qui se hasarderait dans le coin. Pas un étalage pathétique de mes pensées minables sur un pauvre blog.
Demain j'aurai les réflexions du connard qui aura vu ma lumière allumée et trouvera que je me couche trop tard, beaucoup trop tard, et que c'est vraiment n'importe quoi, et que je fais vraiment n'importe quoi. Je mettrai mal la table, je n'aiderai pas assez ma mère, j'aurai besoin qu'il me jette le torchon à la gueule dès que je me lève de table pour penser à aller essuyer la vaisselle. En attendant, je lâche mon clavier pour retourner au silence. Et au vide. Et au froid.
Mercredi 7 avril 2010 à 1:32
De nouveau ce même problème, le syndrome de la page blanche. J'allais écrire, et puis j'ai trop parlé, trop écouté Mano Solo, trop mélangé tous mes mots. Maintenant j'ai toujours envie d'écrire, mais j'ai l'impression d'avoir rien à dire. J'ai envie de parler de ces abrutis qui se sont jetés sur l'iPad juste parce que si Apple le sort, c'est qu'il doit bien servir à quelque chose. Paye tes 600 dollars pour un gros iPod. Le monde d'aujourd'hui se compose de pourris qui créent des besoins, et de pourris qui les consomment. On nous prend pour des cons et ça marche. Tant mieux pour eux. Bientôt on distribuera des rations de Poppers à l'école pour que les gamins apprennent de plus en plus tôt à se faire enculer. Métaphoriquement parlant, évidemment.
Je ne supporte définitivement pas Paris s'il n'y a pas quelqu'un pour me sortir, ou pour prendre l'apéro, ou juste pour me tenir compagnie. Être chez moi me déprime, même quand mon frère est là, parce que dès qu'il allume la télé il devient hermétique à mes paroles, et qu'il ne l'éteint que quand il va se coucher. Être dehors me déprime, parce que les parisiens massacrent la beauté de Paris, et qu'étant seule je n'ai rien d'autre à faire que les observer. Observer le mec qui me bouscule en râlant parce que je laisse d'abord sortir du train un père avec sa poussette. Observer la femme qui me pousse pour foncer dans le métro alors que le prochain arrive une minute plus tard. Observer la jolie mendiante roumaine qui se grille une clope en discutant avec une roumaine plus vieille et moins jolie, avant de les retrouver 5 minutes plus tard dans le métro, criant qu'elles ont besoin de notre pitié pour manger. Observer la petite vieille avec son panneau "J'AI 73 ANS. AIDEZ MOI SVP". Observer tous ces gens qui passent sans rien remarquer, guidés par leur instinct qui les mène mécaniquement dans les magasins, dans le métro, au boulot. Observer les parisiens alignés devant l'écran de la gare, le regard hypnotisé, un peu comme les personnages de 1984 regardent tous Big Brother sur un télécran, puis partir en courant dès que le quai s'affiche. Remarquer le SDF, là bas, qui regarde avec intérêt la même scène que moi, se demandant si l'homme et la femme qui viennent de s'engueuler et de partir chacun de leur côté, en se retournant parfois mais jamais en même temps, vont finalement faire demi-tour et venir se pardonner. Remarquer celui qui s'assoit à côté de moi, certes fauché et sale mais avec néanmoins une certaine classe, s'arrêtant un instant pour fumer son cigarillo, le regard lointain, et repart s'enfoncer dans la foule 10 minutes plus tard. C'est bien répétitif tout ça.
De toute façon je m'en fous. Dans 10 jours je vois Amélie, et 73 jours plus tard on voit Bob Dylan. Ouais.
Allez hop, dans ma grande bonté je vous offre les Stray Cats, ces pauvres musiciens qui auraient voulu faire de la musique 20 ans plus tôt.
Je ne supporte définitivement pas Paris s'il n'y a pas quelqu'un pour me sortir, ou pour prendre l'apéro, ou juste pour me tenir compagnie. Être chez moi me déprime, même quand mon frère est là, parce que dès qu'il allume la télé il devient hermétique à mes paroles, et qu'il ne l'éteint que quand il va se coucher. Être dehors me déprime, parce que les parisiens massacrent la beauté de Paris, et qu'étant seule je n'ai rien d'autre à faire que les observer. Observer le mec qui me bouscule en râlant parce que je laisse d'abord sortir du train un père avec sa poussette. Observer la femme qui me pousse pour foncer dans le métro alors que le prochain arrive une minute plus tard. Observer la jolie mendiante roumaine qui se grille une clope en discutant avec une roumaine plus vieille et moins jolie, avant de les retrouver 5 minutes plus tard dans le métro, criant qu'elles ont besoin de notre pitié pour manger. Observer la petite vieille avec son panneau "J'AI 73 ANS. AIDEZ MOI SVP". Observer tous ces gens qui passent sans rien remarquer, guidés par leur instinct qui les mène mécaniquement dans les magasins, dans le métro, au boulot. Observer les parisiens alignés devant l'écran de la gare, le regard hypnotisé, un peu comme les personnages de 1984 regardent tous Big Brother sur un télécran, puis partir en courant dès que le quai s'affiche. Remarquer le SDF, là bas, qui regarde avec intérêt la même scène que moi, se demandant si l'homme et la femme qui viennent de s'engueuler et de partir chacun de leur côté, en se retournant parfois mais jamais en même temps, vont finalement faire demi-tour et venir se pardonner. Remarquer celui qui s'assoit à côté de moi, certes fauché et sale mais avec néanmoins une certaine classe, s'arrêtant un instant pour fumer son cigarillo, le regard lointain, et repart s'enfoncer dans la foule 10 minutes plus tard. C'est bien répétitif tout ça.
De toute façon je m'en fous. Dans 10 jours je vois Amélie, et 73 jours plus tard on voit Bob Dylan. Ouais.
Allez hop, dans ma grande bonté je vous offre les Stray Cats, ces pauvres musiciens qui auraient voulu faire de la musique 20 ans plus tôt.
