Toujours les mêmes problèmes. Peut-être qu'un jour j'arriverai à parler à ma psy de ces idées morbides que je me mets à évoquer ici simplement pour m'entraîner à les exposer.
Elle m'a dit que quand je parlais de mon enfance, j'en parlais avec détachement, comme si tout ce que je racontais était arrivé à quelqu'un d'autre. C'est un peu ça. Entre 12 et 15 ans j'ai décidé de devenir quelqu'un d'autre. Et d'aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours essayé de faire de mes sentiments quelque chose de lointain.
J'ai rarement été plus heureuse ou plus triste pour moi-même que pour quelqu'un d'autre. Le bonheur des autres me comble, et je me retrouve dépitée de leur tristesse. Rien de plus fort pour moi que quelques sentiments pour quelques personnes, à part mes sentiments pour Amélie.
Des sensations perdues dans un tourbillon de réflexion plate, de psychorigidité involontaire, ce réflexe de se former une carapace pour éviter d'avoir à ressentir par moi-même. Pourquoi ça marche avec Elle, et pas avec les autres ? Ma psy m'a amenée à parler de sincérité. Je ne comprends pas pourquoi dans ma vision du monde il n'y a qu'Amélie qui soit sincère avec moi. Je sais rationnellement que c'est faux, mais ces sentiments que j'essaie d'éviter continuent de manipuler mon cerveau.
Une vie au milieu de milliers de lignes de fuites. J'ai jamais arrêté d'avoir envie de fuir. Ça s'est juste atténué grâce à elle. Fuir quoi, comment, où, pourquoi, j'en sais rien. Peut-être fuir la tristesse. Sa tristesse. Fuir un pays, une nation, des idées, un monde, des limites, un monde fait de limites. Fuir les autres. Me fuir moi.
J'aimerais pouvoir remplacer mes questionnements par des sentiments. Toujours foncer tête baissée. Remplacer "qu'est-ce que je risque ?" par "j'en ai envie.". Tellement de gens vivent heureux comme ça. Mais chacune de mes idées se termine par un point d'interrogation. Je ne sais jamais ce que je fais et je me demande toujours pourquoi. Je m'enfonce dans mon impuissance et j'essaie d'amortir la chute par un optimisme forcé, un positivisme exacerbé pour essayer de la faire sourire ; mais rien ne sort de cette douleur rongeante qu'un sentiment bancal d'incompréhension, quand ce que je dis ne fait que traduire ce que j'aimerais ressentir, et donc lui faire ressentir.
Plus rien ne reste que le déchirement de n'être, à ce moment là, qu'une partie d'un vide immense.
Mouarf
Un macaroni a chié sur Clint Eastwood.
Lundi 20 juin 2011 à 11:34
Jeudi 5 mai 2011 à 0:18
Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide. Parler dans le vide.
Être en haut d'une falaise et discuter avec le fond. Au bord de rien, dos au désert. Une immensité de néant.
Encore et encore et encore et encore. Existence médiocre. Projets à court terme. Paroles en l'air. Pas la moindre importance. Pas le moindre sens.
Parler pour ne rien dire et parler dans le vide.
Parler pour faire sortir ce dont tout le monde se fout.
Parler du vide.
Parler du vide.
Je vous emmerde.
Être en haut d'une falaise et discuter avec le fond. Au bord de rien, dos au désert. Une immensité de néant.
Encore et encore et encore et encore. Existence médiocre. Projets à court terme. Paroles en l'air. Pas la moindre importance. Pas le moindre sens.
Parler pour ne rien dire et parler dans le vide.
Parler pour faire sortir ce dont tout le monde se fout.
Parler du vide.
Parler du vide.
Je vous emmerde.
Lundi 7 mars 2011 à 0:17
Énervement. Fatigue. Impuissance. Ennui. Insomnie. Frustration. Parler sans retour. J'ai dit tout ça et demain ce sera oublié. Balayé. Comme si un "bonjour" était un "adieu" adressé au jour précédent. On constate que ça ne va pas, on se dit bonne nuit, et le lendemain on parle d'autre chose. C'est comme ça que ça marche au pays des gens heureux. Pourquoi faire une distinction amis/potes ? Les potes sont ceux qui s'en foutent. Ne gardons que les amis. Ca me laisse peut-être 4 personnes à garder, ou 5 en creusant un peu. Merci les amis. Je ne sais pas pourquoi j'en veux aux autres. Je ne sais pas si c'est à eux que j'en veux, ou si je m'en veux à moi de ne pas être assez intéressante pour me faire des amis. Ou d'être tellement peu intéressante que j'ai besoin de raconter ma vie ici. Ou d'être en train de raconter ma vie alors qu'elle est tout à fait inintéressante. J'ai des tas de raisons de m'en vouloir.
Y'a des soirs comme ça où tout semble vain. Où tout m'ennuie. Où j'ai envie de tout et de rien à la fois. "J'ai jamais pu oublier l'odeur des endroits où j'irai".
Et puis merde.
Y'a des soirs comme ça où tout semble vain. Où tout m'ennuie. Où j'ai envie de tout et de rien à la fois. "J'ai jamais pu oublier l'odeur des endroits où j'irai".
Et puis merde.
Lundi 13 décembre 2010 à 17:59
J'obéis à mon médecin. Parce qu'Amélie a raison quand elle dit que je peux pas me soigner en fumant des joints. Parce que moi même j'en ai marre, de ne pouvoir me goinfrer que quand j'ai fumé. Les problèmes de stress, d'inconscient et compagnie, ça va bien 5 minutes. S'ils ne peuvent pas laisser mon estomac en dehors de ça, qu'ils dégagent. Alors j'obéis à mon médecin. J'ai ni le temps ni l'argent pour aller voir un psy, alors j'écris. J'écris tout ce qui me passe par la tête, pour extérioriser. J'ai pas besoin de cacher grand chose, alors je le fais ici.
J'aime pas cette maison. J'aime pas le beau père qui, du jour au lendemain, passe de l'optimisme exacerbé à la dépression pathétique. Je peux pas vivre dans la même baraque qu'un type qui passe la moitié de sa vie à faire la gueule en se regardant le nombril, et l'autre moitié à faire partager aux autres ses analyses erronées de pseudo-sage sur le monde et les gens qui l'entourent. J'aime pas me faire traiter d'anorexique à la moindre occasion. Tu m'as pas vue bouffer des plaques entières de chocolat quand je suis défoncée, connard. Tu m'as pas vue pleurer à quatre pattes devant une bassine de vomi en espérant que plus rien ne sorte. Tu sais pas ce que ça fait, d'avoir toujours peur que ça recommence. De se forcer à bouffer un plat qu'on sait trop gras, trop acide, des oeufs dont la date de péremption était il y a trois jours, en se répétant que ça va aller, que c'est bon quand même, que ça a toujours été bon alors il n'y a aucune raison que ça ne le soit plus, en évitant de penser aux sushis qui ont toujours été bons avant d'arrêter de l'être. Mais vas-y, connard, fais tes réflexions, enfonce le clou, enfonce moi, continue. Et râle, gueule sur ta pauvre condition de mec dépressif avec des problèmes d'argent. Non, j'en ai rien à foutre, de tes problèmes. Plus rien, vraiment. Casse toi avec ta misère, plutôt que de te réfugier derrière tes fausses responsabilités. Menteur, pathétique menteur, tu passes ta vie à te plaindre de tout et te servir de n'importe quelle excuse pour ne rien affronter en face. T'as passé 1 an à me répéter que t'étais un alcoolique et que tu voulais te tuer. T'as passé 1 an à me répéter que tu voulais vendre la maison. T'as passé 1 an à me répéter que tu voulais te barrer. Qu'est-ce que t'attends, connard ? Qui te retient, puisqu'on est tous des cons ? Pourquoi tu continues à nous pourrir la vie en prétendant être le seul mec sur terre à servir de nobles raisons ? Pauvre petit connard que personne ne considère à sa vraie valeur. Des mensonges, des mensonges, des mensonges. Je gerbe vos mensonges. Ceux de la mère aussi. Tu le détestes, alors qu'est-ce que t'attends ? Pourquoi à 47 ans on préfère être mal accompagné que seul ? Pourquoi continuer à t'emmerder, l'emmerder, m'emmerder ? Tu parles d'un lien familial, passer son temps à s'en foutre plein la gueule. Vendez-la, cette maison. Maman, pars à Nantes. Pierre, casse-toi sur ton bateau. Foutez-moi un peu la paix. Compliqué, vraiment ? Plus compliqué que maintenant ? Tout le monde y arrive, tout le monde. Oui, maman, ça va. Oui, maman, j'ai bien mangé. Oui, maman, j'ai bien dormi. Non, maman, j'ai pas trop froid. Oui, maman, je pourrais survivre sans toi. Non, je ne veux plus être le témoin de vos engueulades. J'ai mieux à foutre. Réviser mes partiels dans le calme. Voir Amélie. Sortir. Jouer à la GameBoy. Prendre des photos. Faire le ménage parce que je l'aurais décidé, et pas parce qu'un con me l'aura imposé avec l'air de dire "si je te l'avais pas demandé, tu l'aurais jamais fait, je le sais mieux que toi".
Mais je ne sais pas réviser. À cet instant, je voudrais tout recommencer. 20 ans plus tôt. Apprendre à apprendre. On m'a jamais appris ça. J'ai toujours réussi sans rien foutre, et quand on me demande de réviser, je ne sais pas comment m'y prendre. Apprendre à communiquer. On me l'a pas appris non plus. Je me retrouve dans une école de communication, et j'ai jamais appris à communiquer ; j'ai toujours appris, comme un réflexe, à tout garder pour moi. À 14 ans j'ai pas d'ami, je n'arrive à parler aux gens que par msn, et j'entame l'écriture d'un blog pour apprendre à extérioriser. À 20 ans, je continue l'écriture d'un blog parce que ça me permet de dire tout ce que je n'arrive pas à formuler ailleurs. J'ai appris à feindre la sociabilité, et ma timidité me pose un nouveau problème : personne n'y croit.
J'en tremble. Une main tremblante qui se lève pour participer. Une main tremblante qui tient la feuille que je lis devant toute la classe. Je serais bonne actrice. Je me force à ne pas parler trop vite, mais plus je tremble plus je panique, et plus je panique plus je tremble. Alors les effets secondaires : je ris, ou je me trompe de mot, en tout cas je ne peux plus regarder dans les yeux les gens qui m'écoutent. Comme chez le médecin, les larmes aux yeux, contenues, discrètes, mais là. Et couvrant le tout, l'effort pour avoir l'apparence de ce que je ne suis pas. Des gestes, des remarques qui font naturel, je fais n'importe quoi pour que ces mains qui tremblent ne se voient pas. Quand je reviens à ma place, je tremble encore une dizaine de minutes. Parfois je ne peux même plus écrire. Je force ma respiration à se tranquilliser, comme après les repas que j'ai peur de ne pas digérer. Mais le mensonge est plus fort que tout : on considère que je suis "à l'aise à l'oral". Le mensonge. Les nausées. Ma vie.
Je me souviens encore de mes premières cuites, pas pour ce que j'y faisais, mais pour ce qu'elles représentaient. L'alcool me faisait parler, alors je buvais. La première cuite à 12 ans, les premiers amis au même âge. L'alcool comme solution à mon incapacité à communiquer. Le déclic à 13 ans, quand Gaëtan me reproche de ne pas m'amuser comme eux quand on est bourrés. Alors je dis des conneries, je fais des conneries, je les imite. L'alcool comme solution à mon incapacité à m'amuser. Le déménagement. Pas d'amis. Pas d'alcool. Coupures, brûlures. Premières cuites à St Etienne : Eulalie, Marion, Boris, tout ça. L'alcool comme solution à mon incapacité à me faire des amis. Trop de cuites, redoublement. Déménagement. J'essaye de reproduire sobre ce que je fais bourrée. Se faire des amis, communiquer, s'amuser. J'y arrive à tâtons, par hasard, commençant souvent par les gens qui ne m'intéressent pas pour en arriver aux gens qui m'intéressent. C'est à ce moment qu'on commence à me trouver ultra sociable. C'est à ce moment que je commence à me croire sociable. C'est à ce moment que je trouve des tas de gens intéressants. C'est à ce moment que je pars à Paris. C'est à ce moment que je n'arrive à nouveau plus à me faire des amis. C'est à ce moment que je réalise l'importance que peuvent prendre certaines personnes, et le peu d'importance que l'on peut avoir pour d'autres. L'alcool comme solution aléatoire. Les décisions de vie complètement bourrée à 3h du mat'. Les déclarations désespérées complètement bourrée à 3h du mat'. Le 1er mars, et la disparition progressive de mon besoin de boire. 7 ans de solutions alcoolisées. Maintenant j'essaie d'effacer ma timidité, on y croit, et ça me bouffe. Parce que faire l'effort de ne pas être timide, c'est fatigant. Je voudrais ne pas l'être du tout. Avoir confiance en moi pour de vrai, que ce soit dans les relations humaines ou dans le travail. J'aurais dû commencer à apprendre ça il y a 20 ans. Tant pis, maintenant je vis névrosée, fondant mes aptitudes relationnelles sur ce que m'ont enseigné l'alcool et les réseaux sociaux.
Mouarf. Moi en différent. Moi en mieux. Moi sur les forums. Celle que les gens trouvent cool. Celle qui a une grande gueule, qui n'hésite pas à dire ce qu'elle pense, ou à aller communiquer par "messages privés" avec ceux qu'elle trouve intéressants. Pendant 3 ou 4 ans, il y a Mouarf et Juliane. Je finis par m'inspirer de mon deuxième moi virtuel, pour devenir un autre moi à part entière. Pathétique, mais ça marche. Je dois mon développement à internet et aux forums. Youpi.
Retour à mes 12 ans. Je traîne sur les chats d'AOL. Je fais la connaissance d'un type, le Toulousien, c'est son pseudo, qui m'affirme que même s'il a 19 ans, on peut très bien sortir ensemble, parce que l'amour n'a pas d'âge. On se donne rendez-vous, j'y vais en vélo, et au moment où je m'apprête à repartir il arrive en voiture, on parle, il m'emballe, je feins une obligation parentale et je me casse. Évidemment, quand je raconte ça à mes potes, il n'y croient pas. Moi j'ai peur de le revoir, il sait dans quel collège je vais. Pathétique. Je ne le reverrai jamais. 14 ans. Gaëtan et Marianne sortent ensemble, je suis jalouse mais je ne sais pas duquel des deux. 15 ans, je croise Maylis, jolie brune aux yeux bleus à qui je n'ai jamais eu la force d'adresser la parole. Je ne sais même plus comment j'ai appris son nom. 1er coming out, à une amie de Toulouse, Claire, je m'affirme bi. Les garçons m'intéressent de moins en moins. Je prends pour habitude de le dire aux gens que je côtoie, histoire de n'avoir aucun problème. Je ne me souviens pas que ç'ait étonné qui que ce soit. Puis vient Emma, période pendant laquelle j'assume presque totalement. À l'époque j'ai pas peur de lui tenir la main dans la rue. C'est la répétition de cas comme le taré du macdo qui commence à me faire hésiter. Mais je prends confiance en moi. Pause, épisode Cramps, retour d'Emma, arrivée d'Adèle, flou, plus personne et plus confiance en moi. À Paris je n'assume plus du tout, je commence même à avoir du mal à assumer devant ma mère qui pourtant le sait déjà.
13 ans, Denis appelle chez moi. Denis, c'est mon premier beau-père, j'étais trop petite pour comprendre ce que ça représentait, alors je l'aimais comme un père. À 13 ans donc, il m'appelle, j'entends sa voix pour la première fois depuis peut être 7 ans et je le reconnais. "Ta mère n'est pas là ? - Non... - Bon. Bah tu lui diras que j'ai appelé. Au revoir." À ce moment là, je lui en veux, je m'en veux. Je m'en veux d'avoir été assez insignifiante pour qu'il ne cherche même pas à prendre de mes nouvelles quand il m'a pour la première fois au téléphone, alors que je brûlais d'envie de lui demander ce qu'il devenait. À ce moment je pleure. Je repense à Cathy pour la première fois depuis 5 ou 6 ans. Cathy, c'était ma nounou. Je me souviens d'une fois, quelques jours avant que je déménage de Millery, où Cathy était venue nous garder, mon frère et moi. À son arrivée, je m'étais jetée dans ses bras et j'avais pleuré. Comme si, à cet instant précis, je savais que le lendemain, sa soeur viendrait frapper à notre porte pour nous demander si on n'avait pas vu Cathy. Comme si je sentais qu'elle ne reviendrait pas, et qu'on ne saurait jamais ce qui lui est arrivé. Alors, à 13 ans, du haut de ma flagrante insignifiance, je pleure. Mon père et ma mère se sont définitivement séparés environ 8 ans plus tôt, ma mère est sans arrêt en déplacement pour son travail, je cherche un ami à qui parler et à défaut de le trouver, je m'avoue vaincue et développe, si ce n'est pas déjà fait, cette espèce de peur de l'abandon. J'ai 20 ans, et j'en ai toujours peur.
J'aime pas cette maison. J'aime pas le beau père qui, du jour au lendemain, passe de l'optimisme exacerbé à la dépression pathétique. Je peux pas vivre dans la même baraque qu'un type qui passe la moitié de sa vie à faire la gueule en se regardant le nombril, et l'autre moitié à faire partager aux autres ses analyses erronées de pseudo-sage sur le monde et les gens qui l'entourent. J'aime pas me faire traiter d'anorexique à la moindre occasion. Tu m'as pas vue bouffer des plaques entières de chocolat quand je suis défoncée, connard. Tu m'as pas vue pleurer à quatre pattes devant une bassine de vomi en espérant que plus rien ne sorte. Tu sais pas ce que ça fait, d'avoir toujours peur que ça recommence. De se forcer à bouffer un plat qu'on sait trop gras, trop acide, des oeufs dont la date de péremption était il y a trois jours, en se répétant que ça va aller, que c'est bon quand même, que ça a toujours été bon alors il n'y a aucune raison que ça ne le soit plus, en évitant de penser aux sushis qui ont toujours été bons avant d'arrêter de l'être. Mais vas-y, connard, fais tes réflexions, enfonce le clou, enfonce moi, continue. Et râle, gueule sur ta pauvre condition de mec dépressif avec des problèmes d'argent. Non, j'en ai rien à foutre, de tes problèmes. Plus rien, vraiment. Casse toi avec ta misère, plutôt que de te réfugier derrière tes fausses responsabilités. Menteur, pathétique menteur, tu passes ta vie à te plaindre de tout et te servir de n'importe quelle excuse pour ne rien affronter en face. T'as passé 1 an à me répéter que t'étais un alcoolique et que tu voulais te tuer. T'as passé 1 an à me répéter que tu voulais vendre la maison. T'as passé 1 an à me répéter que tu voulais te barrer. Qu'est-ce que t'attends, connard ? Qui te retient, puisqu'on est tous des cons ? Pourquoi tu continues à nous pourrir la vie en prétendant être le seul mec sur terre à servir de nobles raisons ? Pauvre petit connard que personne ne considère à sa vraie valeur. Des mensonges, des mensonges, des mensonges. Je gerbe vos mensonges. Ceux de la mère aussi. Tu le détestes, alors qu'est-ce que t'attends ? Pourquoi à 47 ans on préfère être mal accompagné que seul ? Pourquoi continuer à t'emmerder, l'emmerder, m'emmerder ? Tu parles d'un lien familial, passer son temps à s'en foutre plein la gueule. Vendez-la, cette maison. Maman, pars à Nantes. Pierre, casse-toi sur ton bateau. Foutez-moi un peu la paix. Compliqué, vraiment ? Plus compliqué que maintenant ? Tout le monde y arrive, tout le monde. Oui, maman, ça va. Oui, maman, j'ai bien mangé. Oui, maman, j'ai bien dormi. Non, maman, j'ai pas trop froid. Oui, maman, je pourrais survivre sans toi. Non, je ne veux plus être le témoin de vos engueulades. J'ai mieux à foutre. Réviser mes partiels dans le calme. Voir Amélie. Sortir. Jouer à la GameBoy. Prendre des photos. Faire le ménage parce que je l'aurais décidé, et pas parce qu'un con me l'aura imposé avec l'air de dire "si je te l'avais pas demandé, tu l'aurais jamais fait, je le sais mieux que toi".
Mais je ne sais pas réviser. À cet instant, je voudrais tout recommencer. 20 ans plus tôt. Apprendre à apprendre. On m'a jamais appris ça. J'ai toujours réussi sans rien foutre, et quand on me demande de réviser, je ne sais pas comment m'y prendre. Apprendre à communiquer. On me l'a pas appris non plus. Je me retrouve dans une école de communication, et j'ai jamais appris à communiquer ; j'ai toujours appris, comme un réflexe, à tout garder pour moi. À 14 ans j'ai pas d'ami, je n'arrive à parler aux gens que par msn, et j'entame l'écriture d'un blog pour apprendre à extérioriser. À 20 ans, je continue l'écriture d'un blog parce que ça me permet de dire tout ce que je n'arrive pas à formuler ailleurs. J'ai appris à feindre la sociabilité, et ma timidité me pose un nouveau problème : personne n'y croit.
J'en tremble. Une main tremblante qui se lève pour participer. Une main tremblante qui tient la feuille que je lis devant toute la classe. Je serais bonne actrice. Je me force à ne pas parler trop vite, mais plus je tremble plus je panique, et plus je panique plus je tremble. Alors les effets secondaires : je ris, ou je me trompe de mot, en tout cas je ne peux plus regarder dans les yeux les gens qui m'écoutent. Comme chez le médecin, les larmes aux yeux, contenues, discrètes, mais là. Et couvrant le tout, l'effort pour avoir l'apparence de ce que je ne suis pas. Des gestes, des remarques qui font naturel, je fais n'importe quoi pour que ces mains qui tremblent ne se voient pas. Quand je reviens à ma place, je tremble encore une dizaine de minutes. Parfois je ne peux même plus écrire. Je force ma respiration à se tranquilliser, comme après les repas que j'ai peur de ne pas digérer. Mais le mensonge est plus fort que tout : on considère que je suis "à l'aise à l'oral". Le mensonge. Les nausées. Ma vie.
Je me souviens encore de mes premières cuites, pas pour ce que j'y faisais, mais pour ce qu'elles représentaient. L'alcool me faisait parler, alors je buvais. La première cuite à 12 ans, les premiers amis au même âge. L'alcool comme solution à mon incapacité à communiquer. Le déclic à 13 ans, quand Gaëtan me reproche de ne pas m'amuser comme eux quand on est bourrés. Alors je dis des conneries, je fais des conneries, je les imite. L'alcool comme solution à mon incapacité à m'amuser. Le déménagement. Pas d'amis. Pas d'alcool. Coupures, brûlures. Premières cuites à St Etienne : Eulalie, Marion, Boris, tout ça. L'alcool comme solution à mon incapacité à me faire des amis. Trop de cuites, redoublement. Déménagement. J'essaye de reproduire sobre ce que je fais bourrée. Se faire des amis, communiquer, s'amuser. J'y arrive à tâtons, par hasard, commençant souvent par les gens qui ne m'intéressent pas pour en arriver aux gens qui m'intéressent. C'est à ce moment qu'on commence à me trouver ultra sociable. C'est à ce moment que je commence à me croire sociable. C'est à ce moment que je trouve des tas de gens intéressants. C'est à ce moment que je pars à Paris. C'est à ce moment que je n'arrive à nouveau plus à me faire des amis. C'est à ce moment que je réalise l'importance que peuvent prendre certaines personnes, et le peu d'importance que l'on peut avoir pour d'autres. L'alcool comme solution aléatoire. Les décisions de vie complètement bourrée à 3h du mat'. Les déclarations désespérées complètement bourrée à 3h du mat'. Le 1er mars, et la disparition progressive de mon besoin de boire. 7 ans de solutions alcoolisées. Maintenant j'essaie d'effacer ma timidité, on y croit, et ça me bouffe. Parce que faire l'effort de ne pas être timide, c'est fatigant. Je voudrais ne pas l'être du tout. Avoir confiance en moi pour de vrai, que ce soit dans les relations humaines ou dans le travail. J'aurais dû commencer à apprendre ça il y a 20 ans. Tant pis, maintenant je vis névrosée, fondant mes aptitudes relationnelles sur ce que m'ont enseigné l'alcool et les réseaux sociaux.
Mouarf. Moi en différent. Moi en mieux. Moi sur les forums. Celle que les gens trouvent cool. Celle qui a une grande gueule, qui n'hésite pas à dire ce qu'elle pense, ou à aller communiquer par "messages privés" avec ceux qu'elle trouve intéressants. Pendant 3 ou 4 ans, il y a Mouarf et Juliane. Je finis par m'inspirer de mon deuxième moi virtuel, pour devenir un autre moi à part entière. Pathétique, mais ça marche. Je dois mon développement à internet et aux forums. Youpi.
Retour à mes 12 ans. Je traîne sur les chats d'AOL. Je fais la connaissance d'un type, le Toulousien, c'est son pseudo, qui m'affirme que même s'il a 19 ans, on peut très bien sortir ensemble, parce que l'amour n'a pas d'âge. On se donne rendez-vous, j'y vais en vélo, et au moment où je m'apprête à repartir il arrive en voiture, on parle, il m'emballe, je feins une obligation parentale et je me casse. Évidemment, quand je raconte ça à mes potes, il n'y croient pas. Moi j'ai peur de le revoir, il sait dans quel collège je vais. Pathétique. Je ne le reverrai jamais. 14 ans. Gaëtan et Marianne sortent ensemble, je suis jalouse mais je ne sais pas duquel des deux. 15 ans, je croise Maylis, jolie brune aux yeux bleus à qui je n'ai jamais eu la force d'adresser la parole. Je ne sais même plus comment j'ai appris son nom. 1er coming out, à une amie de Toulouse, Claire, je m'affirme bi. Les garçons m'intéressent de moins en moins. Je prends pour habitude de le dire aux gens que je côtoie, histoire de n'avoir aucun problème. Je ne me souviens pas que ç'ait étonné qui que ce soit. Puis vient Emma, période pendant laquelle j'assume presque totalement. À l'époque j'ai pas peur de lui tenir la main dans la rue. C'est la répétition de cas comme le taré du macdo qui commence à me faire hésiter. Mais je prends confiance en moi. Pause, épisode Cramps, retour d'Emma, arrivée d'Adèle, flou, plus personne et plus confiance en moi. À Paris je n'assume plus du tout, je commence même à avoir du mal à assumer devant ma mère qui pourtant le sait déjà.
13 ans, Denis appelle chez moi. Denis, c'est mon premier beau-père, j'étais trop petite pour comprendre ce que ça représentait, alors je l'aimais comme un père. À 13 ans donc, il m'appelle, j'entends sa voix pour la première fois depuis peut être 7 ans et je le reconnais. "Ta mère n'est pas là ? - Non... - Bon. Bah tu lui diras que j'ai appelé. Au revoir." À ce moment là, je lui en veux, je m'en veux. Je m'en veux d'avoir été assez insignifiante pour qu'il ne cherche même pas à prendre de mes nouvelles quand il m'a pour la première fois au téléphone, alors que je brûlais d'envie de lui demander ce qu'il devenait. À ce moment je pleure. Je repense à Cathy pour la première fois depuis 5 ou 6 ans. Cathy, c'était ma nounou. Je me souviens d'une fois, quelques jours avant que je déménage de Millery, où Cathy était venue nous garder, mon frère et moi. À son arrivée, je m'étais jetée dans ses bras et j'avais pleuré. Comme si, à cet instant précis, je savais que le lendemain, sa soeur viendrait frapper à notre porte pour nous demander si on n'avait pas vu Cathy. Comme si je sentais qu'elle ne reviendrait pas, et qu'on ne saurait jamais ce qui lui est arrivé. Alors, à 13 ans, du haut de ma flagrante insignifiance, je pleure. Mon père et ma mère se sont définitivement séparés environ 8 ans plus tôt, ma mère est sans arrêt en déplacement pour son travail, je cherche un ami à qui parler et à défaut de le trouver, je m'avoue vaincue et développe, si ce n'est pas déjà fait, cette espèce de peur de l'abandon. J'ai 20 ans, et j'en ai toujours peur.
Dimanche 5 décembre 2010 à 13:33
Ce sont les autres qui paniquent quand j'ai des nausées. Ce sont les autres qui paniquent quand je vomis. Ce sont les autres qui paniquent quand j'arrive pas à manger. Ce sont les autres qui décident du contenu et de la quantité de mes repas. Appel aux autres : je ne suis pas un Tamagotchi. Je ne suis pas un Sims. Je ne vis pas dans Pet Society. J'ai un système digestif et un cerveau, qui m'informent quand j'ai faim, me disent quand je peux ou ne peux pas manger, et m'empêchent comme tout être humain, comme tout être conscient, comme tout animal, de me laisser crever d'inanition. Je ne supporte plus le café, je ne supporte plus les sushis, je ne supporte plus l'alcool, je ne supporte plus le jus d'orange et je m'en fous, il y a des tas d'autres choses à boire et à manger. Forcez-moi si ça vous amuse, mais alors gardez pour vous cet air dépité quand ce que j'ai ingéré ne ressort pas du bon côté. Je vais mieux, merde. Les aliments que je peux manger, je peux les consommer en grande quantité sans avoir envie de vomir, sans que mon ventre se mette à hurler, sans ressentir le besoin de ne plus me nourrir jusqu'au lendemain pour me laisser digérer. C'est quand même pas si compliqué. Quand j'ai pas envie de manger, c'est que mon ventre ne PEUT PAS manger. Petit rappel : système digestif + cerveau. Je ne suis pas stupide. Je désespère devant mes 45kg et pas un de plus, jamais. Mais, putain, si je pouvais me goinffrer de trucs gras et sucrés, je le ferais. Sauf que je peux pas. Et je fais avec. Et vous devrez faire avec aussi.
